La bande dessinée belge : une icône culturelle à travers le monde

L’image d’un petit enfant, une bande dessinée sur les genoux, les yeux captivés par les cadres d’un livre qui contient un récit épique est une scène que nombre de Québécois ont vécue lorsqu’ils découvraient les joies de la lecture. Vous êtes peut-être l’un d’eux. Que l’on parle de superhéros américains, de mangas ou de bande dessinée francophone, l’âge n’est pas un critère de sélection pour aimer plonger dans ces livres imagés. En effet, lire de la bande dessinée est une pratique littéraire qui commence souvent très tôt dans la vie.

Les héros des bandes dessinées belges sont une des images stéréotypées qui animent les esprits des Québécois lorsqu’ils pensent à la Belgique. Les personnages que sont Tintin, le Grand Schtroumpf, Gaston Lagaffe, Lucky Luke, Spirou, Quick et Flupke, le Marsupilami et Le Chat pour ne nommer que ceux-là, sont d’importants icônes et transmetteurs de la culture belge à travers le monde. Ce texte explorera la bande dessinée du point de vue belge et québécois. En premier lieu l’internationalisation de la bande dessinée belge, afin de comprendre comment les œuvres belges nous sont parvenues et ont pu faire écho au Québec. Pour approfondir le populaire univers de Tintin, des vidéos avec son auteur, Hergé, seront intégrées. Pour continuer, aujourd’hui encore, le prestige des maisons d’éditions belges existe et les auteurs d’ici veulent être publiés par elles. Pour terminer, une liste de lieux touristiques à visiter a été dressée. Ils sont nombreux; signe poignant que la bande dessinée est populaire et ancrée dans la culture de ce pays d’Europe.

 « TINTIN : Je jure que jamais je ne révélerai à quiconque l’emplacement du Temple du Soleil !…
HADDOCK : Moi aussi, vieux frère, je le jure !… Que le grand Cric me croque et me fasse avaler ma barbe si je lâche un mot à ce sujet !
TOURNESOL : Moi aussi, je le jure : jamais je n’accepterai de tourner dans un autre film, même si Hollywood me faisait un pont d’or. Vous avez ma parole. »

     Tiré des aventures de Tintin, tome 14 :             Le Temple du Soleil (1949) d’Hergé

 

DALTON
Les Dalton, fameux hors-la-loi de la série Lucky Luke. | Tiré du lien suivant : http://unecaseenplus.fr/tag/rantanplan/

La conquête de l’international

Comment les bandes dessinées belges ont-elles conquis l’imaginaire de tant de peuples? Dans les années soixante, c’est l’Âge d’or de l’exportation du modèle belge. Des albums sont marqués par un « abandon identitaire au profit d’une pédagogie distrayante sans attache nationale [qui] s’avère payante[1]».  À cette époque, les œuvres subissent des modifications, dont l’abandon identitaire qui est accentué dans les œuvres envoyées à l’international. Les thèmes sont plus neutres et les particularismes culturels belges qui sont trop marqués sont effacés. Que ce soit la politique ou la religion, ce qui a trait à la Belgique ne doit pas paraître ou être trop évident. La culture belge s’efface pour placer leurs personnages dans des imaginaires plus accessibles aux citoyens du monde entier. Elle s’adapte à un nouveau marché mondial. Cette façon de faire est une question d’affaires; et elle a été un succès. Par exemple, les célèbres aventures du journaliste Tintin ont été vendues à plus de 230 millions d’exemplaires et traduites dans plus de 80 langues et dialectes[2].

L’anthropologue français Claude Lévi-Strauss a définit la culture comme un système symbolique, dans lequel se place la langue, les règles sociales, les rapports économiques, l’art et la religion. La bande-dessinée, qui est un art en soi, est un symbole. Par conséquent, elle porte une signification particulière pour les membres de cette culture. Puisque les significations d’un symbole peuvent être différentes d’une culture à l’autre, il faut apprendre et comprendre les différences pour communiquer et s’entendre. C’est pourquoi qu’en effaçant certains aspects de l’identité belge, comme se fut le cas dans les années soixante, il devient plus facile pour un citoyen d’une autre culture de comprendre tout ce qui est contenu à l’intérieur des pages de l’histoire. (Curovac Ridjanovic, Module 1 et 2)

Par la suite, les techniques graphiques se sont aussi adaptées. En effet, « les onomatopées ne sont plus intégrées au dessin, les dialogues sont écrits sur un calque séparé de la planche, ce qui évite de  »sortir » les textes en français au moment de la traduction. Traduits systématiquement en deux langues, les auteurs belges se plient sans façon à ces contraintes[3]. » Les contenus comme la force des dessins n’échappent pas à ces changements.

Pour continuer, la gloire des bandes dessinées belges tient aussi à l’influence états-unienne. En effet, en 1949, la popularité de Blanche-Neige sur les écrans par le studio Disney donne l’idée aux Belges de transférer leurs bandes dessinées sur ce médium. Dès 1964, les Schtroumpfs de Peyo sont animés par le studio CBA, fondé par Paul Nagant. Depuis, Disney a donné un coup de pouce à l’effervescence des histoires belges. Par exemple, la compagnie états-unienne a elle-même porté à l’écran Le Marsupilami de Franquin dans une série de dessins animés[4]. Les dernières décennies ont apporté un lot de bandes dessinées adoptées au petit écran[5].

Les bandes dessinées belges n’ont pas seulement été adaptées une multitude de fois en animations ou en séries télévisées, mais aussi en films. Par exemple, il existe Le secret de la licorne (2011), en capture de mouvement 3D, produit Peter Jackson et réalisé par Steven Spielberg. À l’occasion de la sortie de ce film, RTL TVI a proposé aux auditeurs des capsules d’entrevues avec Hergé qui parle de son œuvre. Les auditeurs en apprennent sur la conception des premiers Tintin[6]. En 1962, au Canada, Tintin était déjà l’un des plus grands personnages de BD de la planète. Judith Jasmin, journaliste à Radio-Canada, avait alors réalisé une entrevue avec l’auteur du célèbre journaliste fictif[7]. Les Québécois aiment depuis longtemps suivre les aventures de Tintin.

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Les Schtroumpfs  – Encre de chine et crayon de couleur – Pour le premier dessin définitif d’un Schtroumpf, réalisé vers 1958. | Image tirée du lien suivant : http://www.moreeuw.com/histoire-art/exposition-peyo-artcurial.htm

Un témoignage poignant

La bande dessinée belge n’est pas qu’appréciée au Québec ou aux États-Unis. Selon Robin, un jeune Belge établi au Québec, cet art bien de chez lui fait la fierté de son pays d’origine. La Belgique se fait connaître à travers le monde par la bande dessinée. Aujourd’hui, les Belges essaient encore de l’exporter, de la promouvoir, d’organiser des festivals et divers événements. Pour lui, cet art émane d’eux.

Pour écouter son témoignage : Extrait de l’entrevue – BD (1/2)

Robin se remémore des souvenirs d’enfance lorsqu’il en parle. La bande dessinée a bercé son enfance, à lui et à ses amis. Elle a une grande importance, car dans les foyers, « chaque petit Belge a son armoire avec toutes ses bandes dessinées », raconte-t-il.

Il explique qu’il existe deux genres importants. Premièrement, il y a celui qui appartient à « la ligne claire ». C’est un style graphique et narratif qui a pour but d’être le plus lisible possible[8], comme le sont les graphiques d’Hergé. Il y a aussi le style « gros pif », du genre de Franquin où les personnages ont la particularité de posséder un nez surdimensionné. Il ne faut certainement pas oublier une autre caractéristique de leur bande dessinée : l’humour belge.

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Dessin de Jean Roba de Boule & Bill | Tiré du lien suivant : http://www.lenvoleeculturelle.fr/boule-bill-2013-un-humour-de-poker/

 

Un prestige toujours d’actualité

Au Québec, les maisons d’éditions belges n’ont pas perdu de leur prestige. Les premiers Québécois à se faire publier par une maison aussi prestigieuse que Dupuis, populaire conglomérat belge de la BD, voit le jour grâce à Marc Lafontaine et Maryse Dubuc, auteurs des Nombrils. En 2013, dans une entrevue accordée au journal La Presse, les artistes s’expriment sur le phénomène international que suscitent leurs bandes dessinées dans toute la francophonie. « Tous les jeunes Belges rêvent d’être publiés chez Dupuis. C’est comme être recruté par le Canadien de Montréal », raconte Marc Lafontaine[9]. Leur originalité n’a pas passé inaperçue. En 2015, les artistes ont publié le septième album de leur série. Depuis dix ans, la vente de leurs albums a atteint les 1,7 million de copies vendues[10]. Leur recette spéciale tient à plusieurs raisons, dont celle où leurs personnages évoluent à chaque album. Le vent de fraîcheur que Lafontaine et Dubuc ont proposé à la maison d’édition belge a plu à celle-ci. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer qu’elle regrette son choix de les avoir pris sous sa tutelle. Les thèmes abordés dans leur série sont internationaux : suicide, alcoolisme et homosexualité pour ne nommer que ceux-ci. Leur histoire n’a pas subi de modifications en Europe, contrairement aux bandes dessinées belges exportées pendant le XXe siècle. Le seul élément auquel les auteurs ont porté une attention particulière concerne les mots. Selon eux, ça peut devenir un casse-tête. « [On] emprunte un français international, mais notre syntaxe reste très québécoise. C’est un peu ce qui donne le ton, ce qui fait notre couleur et notre signature », expliquent-ils.

Extrait de l’entrevue – BD (2/2)

Bien que la Belgique soit toujours réputée de la qualité de ce genre littéraire, la situation n’est pas rose. Le journal de Tintin n’est plus publié, et le Journal de Spirou survit. La situation inquiète Robin. Il explique que « ce n’est plus comme c’était avant ». Selon lui, le médium « papier » n’attire plus autant de lecteurs, contrairement à Internet et que dans les faits, les jeunes se détourneraient de la bande dessinée.

miloutintin

Dupont et Dupond, le Capitaine Haddock, Milou, Tintin, le professeur Tournesol des aventures de Tintin  Images tirées du lien suivant : https://fr.tintin.com/personnages/show/id/1/page/0/0/capitaine-haddock

 

Rencontre avec la bande dessinée

Pour les amoureux de la bande dessinée ou tout simplement pour les curieux, il est possible de découvrir plus en profondeur l’art de la bande dessinée en voyageant à Bruxelles. Dans la capitale nationale, le Centre belge de la bande dessinée a ouvert ses portes en 1989. Ce Musée de la BD offre une panoplie d’expositions temporaires. En ce qui concerne les expositions permanentes, les visiteurs peuvent visiter diverses expositions, comme celle qui porte sur l’invention de la bande dessinée. Ils peuvent aussi profiter de l’espace Hergé pour comprendre le cheminement créatif du dessinateur ou encore entrer dans la maison d’un schtroumpf en visitant l’espace Peyo[11]. Et c’est loin d’être le seul endroit en Belgique pour s’abreuver d’information sur la bande dessinée. Du côté de la lecture, une tonne de livres existent. Pour découvrir de plus amples trésors sur cet art, le Musée des Beaux-Arts de Liège a publié « L’Âge d’or de la bande dessinée » qui contient sur ses nombreuses planches des originaux de bandes dessinées[12]. Pour en savoir plus sur les nombreux attraits touristiques, veuillez consulter l’encadré ci-dessous qui offre plusieurs liens contenant une liste exhaustive sur le tourisme bédéiste de Belgique.

Voyager en Belgique : quelques liens Internet pour les touristes amoureux du 9e art.

Deux écoles, deux approches en bande dessinée

La bande dessinée à Bruxelles

Information sur la bande dessinée belge

Et ici, au Québec, plus proche de chez vous, il existe des livres sur Tintin

Tintin et le Québec

 

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L’évolution de Spirou à travers le temps. Ce personnage existe depuis 1939, apparu sous le trait de Rob-Vel. Image tirée du lien suivant : https://heroscontemporainsetpsychanalyse.files.wordpress.com/2010/10/spirouevolution.jpg

En conclusion, l’art de la bande dessinée est complexe. Il y a tant à découvrir sur cet art et à lire que ce texte n’est qu’une fraction d’information sur ce que la bande dessinée belge est réellement. Le repli identitaire qui s’est réalisé dans les années soixante a aidé à la propulsion des histoires belges à travers le monde, dont le Québec. C’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi leurs bandes dessinées abondent nos bibliothèques. Qu’on lise les bandes dessinées pour leurs côtés ludiques ou éducatifs, les Belges ont, depuis des décennies, usé de leur humour éclaté pour notre plus grand plaisir. Ce texte vous aura peut-être fait découvrir ou redécouvrir la bande dessinée belge !

 

schtroumpfs2
Les Schtroumpfs de Peyo / Image tirée du lien suivant : http://www.lelombard.com/wallpapers/schtroumpfs-lombard,15.html

 

Sources

 

Bibliographie

— PASAMONIK Didier et Eric VERHOEST, Regards croisés de la bande dessinée belge, sous la direction d’Eric Verhoest et Micha Kapetanovic, Gent (Belgique), Éditions Snoeck, 2009, 232 p.

— Le Temple du Soleil
—CUROVAC RIDJANOVIC, Amra, Notes de cours du module 1 et 2, Portail des cours de l’Université Laval, 2016

 

Sitographie

 

— RTL TVI, « Interview d’Hergé, Épisode 1, 1929-1949 », dans Émission, Tintin à la Conquête de l’Amérique [en ligne] http://www.rtl.be/rtltvi/video/367555.aspx [Consulté le 01-04-2016].

— Site officiel de Tintin, « Radio-Canada : entrevue de Judith Jasmin avec Hergé », dans Tout Tintin, Interview vidéo d’Hergé [en ligne] http://fr.tintin.com/herge/index/id/37/page/69 [Consulté le 01-04-2016].

— Journal La Presse, « Delaf et Dubuc : les nombrils du monde », dans arts, article dans la sous-section livres [en ligne]  http://www.lapresse.ca/arts/livres/bd-et-livres-jeunesse/201311/12/01-4709784-delaf-et-dubuc-les-nombrils-du-monde.php [Consulté le 01-04-2016].

— Journal La Presse, « Les nombrils du bonheur en 170 000 exemplaires », dans arts, article dans la sous-section livres [en ligne]  http://www.lapresse.ca/la-tribune/arts/201508/29/01-4896297-les-nombrils-du-bonheur-en-170-000-exemplaires.php [Consulté le 01-04-2016].

— Site web SensCritique, « De la BD (franco-belge) au petit écran (dessins animés) », dans Séries [en ligne]   http://www.senscritique.com/liste/De_la_BD_franco_belge_au_petit_ecran_dessins_animes/271691#page-1/ [Consulté le 01-04-2016].

— Musée de la BD Bruxelles, Centre Belge de la Bande Dessinée, « En bref », dans CBBD  [en ligne] https://www.cbbd.be/fr/cbbd/en-bref [Consulté le 01-04-2016].

— Site officiel de Tintin, « L’essentiel à propos de Tintin et Hergé », dans Tout Tintin [en ligne] https://fr.tintin.com/essentiel [Consulté le 01-04-2016].

— Musée des Beaux-Arts de Liège, « L’Âge d’or de la bande dessinée » dans la collection du Musée des Beaux-Arts de Liège [en ligne]  http://beauxartsliege.be/L-Age-d-or-de-la-bande-dessinee [Consulté le 01-04-2016].

— Wikipédia, « La ligne claire » [en ligne]   https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_claire [Consulté le 01-04-2016].

 

Liens pour les images

https://branchesculture.files.wordpress.com/2015/10/philippe-geluck-le-chat-fait-des-petits-tintin.jpg

http://www.moreeuw.com/histoire-art/exposition-peyo-artcurial.htm

https://fr.tintin.com/personnages/show/id/1/page/0/0/capitaine-haddock

https://heroscontemporainsetpsychanalyse.files.wordpress.com/2010/10/spirouevolution.jpg

http://www.lelombard.com/wallpapers/schtroumpfs-lombard,15.html

http://www.lenvoleeculturelle.fr/boule-bill-2013-un-humour-de-poker/

 

[1] PASAMONIK Didier Pasamonik et Eric Verhoest, Regards croisés de la bande dessinée belge, sous la direction d’Eric Verhoest et Micha Kapetanovic, Gent (Belgique), Éditions Snoeck, 2009, p.13-14.

[2] https://fr.tintin.com/essentiel

[3] PASAMONIK Didier Pasamonik et Eric Verhoest, Regards croisés de la bande dessinée belge, sous la direction d’Eric Verhoest et Micha Kapetanovic, Gent (Belgique), Éditions Snoeck, 2009, p.14.

[4] Idem.

[5] http://www.senscritique.com/liste/De_la_BD_franco_belge_au_petit_ecran_dessins_animes/271691#page-1/

[6] http://www.rtl.be/rtltvi/video/367555.aspx

[7]http://fr.tintin.com/herge/index/id/37/page/69

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Ligne_claire

[9] http://www.lapresse.ca/arts/livres/bd-et-livres-jeunesse/201311/12/01-4709784-delaf-et-dubuc-les-nombrils-du-monde.php

[10] http://www.lapresse.ca/la-tribune/arts/201508/29/01-4896297-les-nombrils-du-bonheur-en-170-000-exemplaires.php

[11]https://www.cbbd.be/fr/cbbd/en-bref

[12] http://beauxartsliege.be/L-Age-d-or-de-la-bande-dessinee

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